Des analyses récentes de l’« European Working Conditions Survey » (EWCS 2024) dressent un état des lieux des conditions de travail des salariés et des travailleurs indépendants en Europe. Cette enquête européenne, réalisée par Eurofound, collecte des données comparables sur le travail et le bien-être dans tous les États membres de l’Union européenne et permet de suivre les évolutions dans le temps.

Le projet de recherche « Qualité de l’emploi en Belgique en 2024 » a été réalisé à la demande de la Direction de la recherche sur l’amélioration des conditions de travail (DiRACT) du SPF Emploi, sur la base des données belges de l’EWCS 2024. Le projet a rassemblé les données d’environ 2 000 travailleurs et offre une image actuelle et détaillée des conditions de travail en Belgique.

Plus d’informations ainsi que le rapport final sont disponibles sur le site du SPF Emploi, dans la rubrique « Projets de recherche » : 2026 - Analyse des données belges sur les conditions de travail recueillies par EUROFOUND (EWCS 2024).

Une image contrastée de la qualité de l’emploi et du bien-être

Les résultats dressent une image contrastée. Si certaines caractéristiques de l’emploi montrent des améliorations, plusieurs indicateurs signalent toutefois une détérioration de la santé et du bien‑ être des travailleurs.

L’une des constatations les plus marquantes est la forte augmentation des troubles musculosquelettiques (TMS). En 2024, 79% des travailleurs déclarent avoir souffert d’au moins une plainte TMS au cours des 12 derniers mois. Les douleurs au dos, au cou et aux épaules sont particulièrement fréquentes, et un nombre croissant de travailleurs déclare cumuler plusieurs plaintes. Les femmes, les travailleurs plus âgés et les personnes moins qualifiées apparaissent comme des groupes particulièrement vulnérables.

La situation est également préoccupante en matière de bienêtre mental. Après un pic en 2015, les données de 2024 montrent un recul important, avec des niveaux élevés de stress et d’épuisement mental. Les femmes, les travailleurs âgés de 45 à 54 ans, les personnes plus diplômées et les travailleurs du secteur public sont particulièrement touchés.

Découvrez ce que vous pouvez faire pour améliorer le bien-être de vos collaborateurs dans notre thème consacré aux Risques psychosociaux (RPS).

Sur la base des données, le rapport final distingue six profils de qualité du travail et de l’emploi en Belgique, allant de travail de bonne qualité et autonome au travail de mauvaise qualité. Environ 22% des travailleurs occupent des emplois de faible  qualité, tandis que d’autres groupes bénéficient d’une plus grande autonomie et de meilleures conditions de travail, 45% de qualité moyenne et 33% de bonne qualité.

Enfin, l’étude examine la prévalence et la répartition du travail précaire et des travailleurs vulnérables. Le travail précaire est appréhendé selon six dimensions, en tant que concept multidimensionnel comprenant différents aspects défavorables des conditions d’emploi et des relations de travail.

Le rôle de la numérisation

Le rapport souligne également l’évolution des conditions de travail liée à la numérisation et aux nouvelles technologies, qui offrent des opportunités mais engendrent aussi de nouveaux risques. Les résultats montrent que la numérisation conduit rarement à une suppression de tâches, mais plus souvent à une restructuration du travail. De nombreux travailleurs indiquent que la technologie engendre de nouvelles tâches, telles que la coordination, l’administration, le suivi et la communication.

Organisation du travail et caractéristiques des emplois : évolution en chiffres

La figure ci-dessous montre l’évolution des caractéristiques de l’emploi et du travail (emploi, contenu du travail et conditions de travail, et relations sociales) des salariés belges entre 2010 et 2024 :

  • les lignes vertes indiquent une amélioration significative pour le travailleur entre 2015 et 2024 ;
  • les lignes rouges indiquent une détérioration significative pour le salarié entre 2015 et 2024 ;
  • les lignes grises indiquent que la différence entre 2015 et 2024 est inférieure à 5 %.

l’évolution des caractéristiques de l’emploi et du travail

Note: La plupart des indicateurs sont exprimés en pourcentages (variables dichotomiques). Les indicateurs relatifs aux horaires irréguliers, à la complexité du travail, à l’autonomie des tâches, à la confiance, à la représentation, à la participation et au leadership de soutien sont des ratios ou des scores moyens.

Source: Données pondérées, salariés belges, EWCS 2010, EWCS 2015 et EWCS 2024

En ce qui concerne la santé et le bien-être des salariés, l’évolution entre 2010 et 2024 présente une image contrastée, comme le montre la figure ci‑dessous, qui présente l’évolution des aspects du bien-être et de la santé des salariés belges entre 2010 et 2024 :

  • les lignes vertes indiquent une amélioration significative pour le salarié entre 2015 et 2024 ;
  • les lignes rouges indiquent une détérioration significative pour le travailleur entre 2015 et 2024 :
  • les lignes grises indiquent que la différence entre 2015 et 2024 est inférieure à 5 %.

l’évolution des aspects du bien-être et de la santé des salariés belges entre 2010 et 2024

Note : La plupart des indicateurs sont exprimés en pourcentages (variables dichotomiques). Les indicateurs relatifs au bien-être, aux troubles musculosquelettiques et aux conflits entre vie professionnelle et vie privée sont des ratios ou des scores moyens.

Source Données pondérées, salariés belges, EWCS 2010, EWCS 2015 et EWCS 2024

Recommandations à l’intention des décideurs politiques

Le rapport du projet de recherche formule plusieurs recommandations. Les données chiffrées disponibles montrent que :

  • la prévention des risques physiques et psychosociaux reste essentielle ;
  • les groupes à risque vulnérables nécessitent un accompagnement spécifique ;
  • l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée constitue un point d’attention important ;
  • le suivi au moyen de données fiables est indispensable pour mener une politique efficace en matière de bien-être.

Mise à disposition via un site de datamining comptant plus de 500 indicateurs relatifs aux risques professionnels et aux conditions de travail en Belgique

En mai 2024, le SPF Emploi a lancé un nouveau site web qui centralise la plupart des données belges sur les risques professionnels et les conditions de travail.

Le site a été mis à jour en 2026 et est disponible via le lien https://data.risquesautravail.be/fr.

Pour la première fois en Belgique, un site web rassemble des données provenant de différentes sources et les met à disposition sous forme numérique. Les données proviennent notamment des institutions de sécurité sociale, des services de prévention externes, des secrétariats sociaux et d'enquêtes spécifiques.

Le site présente plus de 500 indicateurs répartis selon trois grands thèmes liés à la définition du risque professionnel :

  1. l’exposition aux dangers,
  2. les conséquences et les dommages,
  3. la prévention.

Le site web « Datamining » est régulièrement complété par de nouvelles données.

Visualisation des données via le baromètre SST de l’EU-OSHA

L’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) mène également des recherches sur l’impact des maladies liées au travail et des risques (émergents). Elle s’intéresse aussi aux conséquences économiques et à l’importance de systèmes de sécurité et de santé au travail efficaces.

L’un des outils mis à disposition par l’EU-OSHA est le baromètre SST, un outil de visualisation de données qui fournit des informations actualisées sur l’état des lieux et les tendances en matière de sécurité et de santé au travail (SST) dans l’Union européenne.

Les données utilisées pour le baromètre SST proviennent notamment de l’Enquête « Le pouls de la SST » sur les travailleurs. Cette enquête porte sur des thèmes comme :

  • les facteurs de risque psychosociaux, le stress et la santé mentale ; 
  • la santé physique et mentale dans le cadre du travail ;  
  • les mesures préventives en matière de SST sur le lieu de travail ; 
  • la gestion de la SST sur le lieu de travail ; 
  • la numérisation et l’utilisation des technologies numériques ; 
  • les effets liés au changement climatique.